La troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC), qui se tient à Nice du 9 au 13 juin 2025, marque un tournant diplomatique. À cette occasion, 95 pays ont signé une déclaration ambitieuse baptisée Nice Wake‑Up Call. Ce texte vise à relancer les négociations sur un futur traité international contre la pollution plastique, à deux mois de la dernière session de discussions intergouvernementales prévue à Genève (INC-5.2), du 5 au 14 août.
Cinq axes pour structurer un traité contraignant
La déclaration de Nice s’articule autour de cinq grands axes. Le premier propose un objectif mondial juridiquement contraignant de réduction de la production et de la consommation de polymères plastiques primaires. Le second recommande d’éliminer progressivement les plastiques les plus problématiques, en créant une liste mondiale des substances chimiques préoccupantes.
Le troisième axe vise à améliorer la conception des produits plastiques pour réduire leur impact sur la santé humaine et l’environnement. Le quatrième porte sur la création d’un mécanisme financier international, dédié et pérenne, pour accompagner la mise en œuvre du futur traité. Enfin, le texte insiste sur la nécessité de faire évoluer le traité dans le temps, en l’adaptant aux progrès scientifiques et technologiques.
Un processus de négociation lancé en 2022
Ce nouvel appel s’inscrit dans le cadre d’un processus entamé en mars 2022 lors de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement. Une résolution y avait été adoptée à l’unanimité, mandatant un Comité intergouvernemental de négociation (INC) chargé d’élaborer un traité international juridiquement contraignant sur l’ensemble du cycle de vie des plastiques.
Depuis, cinq sessions ont eu lieu : à Punta del Este (Uruguay), à Paris, à Nairobi (Kenya), à Ottawa (Canada) et à Busan (Corée du Sud). La session de Genève, prévue en août, pourrait être décisive pour aboutir à une version finale du traité.
Une initiative portée par la France
Pays hôte de l’événement, la France a joué un rôle moteur dans cette initiative. Agnès Pannier‑Runacher, ministre de la Transition écologique, a rappelé l’urgence de s’attaquer à la racine du problème. Jean‑Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a souligné la vulnérabilité de la Méditerranée à la pollution plastique, y voyant un symbole fort.
Quant à Barbara Pompili, ambassadrice française pour les négociations sur le traité plastique, elle a salué un « signal d’espoir » envoyé à la communauté internationale.
Un clivage entre deux visions du monde
La déclaration de Nice révèle également une fracture diplomatique croissante. Alors que de nombreux pays africains, latino-américains ou insulaires soutiennent une réduction à la source, les grands producteurs de plastique – à commencer par les États-Unis et l’Arabie Saoudite – refusent toute limitation de production. Ces derniers privilégient une approche centrée sur le recyclage et la gestion des déchets, sans s’attaquer aux volumes de plastique mis sur le marché.
Les pays signataires cherchent ainsi à structurer un front commun face à cette opposition, afin de faire pencher les négociations en faveur d’un traité ambitieux et contraignant.
Le soutien des ONG et de la communauté scientifique
Les ONG telles que GAIA, le CIEL ou la fondation Pew soutiennent largement cette approche à la source. De leur côté, les scientifiques alertent depuis des années sur les conséquences de la pollution plastique : omniprésente dans tous les milieux – des fonds marins aux sommets –, elle menace la biodiversité, la santé humaine, et contribue au dérèglement climatique.
Aujourd’hui, seuls 9 % des 460 millions de tonnes de plastiques produits chaque année sont recyclés. À ce rythme, la production mondiale pourrait dépasser le milliard de tonnes d’ici à 2050.
Une étape stratégique avant Genève
Les discussions de Genève seront décisives. Elles devront préciser les mécanismes de réduction à la source, les financements, les obligations de transparence, les délais de mise en œuvre, et le niveau d’engagement contraignant du futur traité. Certains pays plaident déjà pour une adoption à la majorité qualifiée afin d’éviter les blocages diplomatiques.
La déclaration de Nice, bien que non contraignante juridiquement, représente un jalon politique fort. Elle prépare le terrain d’un compromis mondial pour endiguer la crise plastique. Pour les partisans d’un traité fort, elle incarne une dernière chance de rééquilibrer les rapports de force diplomatiques avant l’échéance d’août.